Le Chat qui venait du ciel de Hiraide Takashi

Le Chat qui venait du ciel

Le samedi 19 janvier 2008 par Sheherazade

L’écrivain-poète Hiraide Takashi et son épouse, elle aussi romancière, se sont installés dans un petit pavillon attenant à une superbe propriété, après qu’ayant perdu l’un de ses amis, Hiriade décide de cesser de travailler dans la maison d’éditions qui l’emploie, afin de redevenir plus créateur.

Dans le « passage de l’Eclair », appellation du narrateur pour ce petit chemin tortueux menant à leur pavillon, arrivera un beau matin le petit chat des voisins, un joli chat nommé Chibi, un chat indépendant bien sûr, qui élit domicile peu à peu dans cette maison voisine de la sienne, tout en n’oubliant pas le petit garçon et sa vraie maison.

Pour le poète qui n’a pas d’affinités particulières avec les animaux en général et les chats en particulier, Chibi va être une révélation, l’installation du chat correspondant à celle du couple dans cette maison est comme un signe. Lequel ? peu importe, le chat va l’apprivoiser au point que du simple stade d’observateur, le narrateur va vouloir jouer, voire toucher le petit félin.

Les amoureux des chats le savent bien, ceux-ci n’en font qu’à leur tête et Chibi est certainement l’un des chats les plus indépendants qui soient. On ne le caresse, ni le prend dans les bras. Il s’installe et c’est déjà un immense honneur qu’il fait aux habitants du pavillon. Ces derniers commencent à jalouser quelque peu les voisins de la maison d’où vient Chibi, un moment d’absence et les voilà qui s’inquiètent. Bref Chibi devient le substitut à l’enfant qu’ils n’ont pas.

La vie toutefois ne s’arrête pas à la présence de Chibi, dans la grande maison le « vieux monsieur », le propriétaire est au plus mal et après son décès, la maison sera mise en vente, il faudra donc quitter le pavillon, quitter le pavillon signifie quitter Chibi. Pourtant le petit chat va lui aussi manquer à l’appel.

« Le Chat qui venait du Ciel » est un livre cadeau, dans le double sens de ce mot : on me l’a offert pour Noel et merci à l’ami qui me l’a donné, c’est un des plus jolis cadeaux que j’ai reçu depuis longtemps. Et c’est un livre cadeau parce que c’est un cadeau à lire, c’est l’un des plus jolis livres que j’ai lu depuis fort longtemps.

C’est un livre comme un haïku, ces petites poésies japonaises en prose ; on est envahi de paix à la lecture de ce chat, calme, sérieux, qui n’accepte de jouer que s’il le veut bien, qui s’installe. Le romancier, qui est aussi le narrateur de ce roman très autobiographique, observe le chat se promenant dans les herbes du jardin, poursuivant un papillon, s’arrêtant brusquement pour s’occuper de sa toilette comme seuls les chats le font !

L’écrivain possède à l’évidence une grande culture, ses références à Machiavel, à Vinci, jalonnent quelques moments du livre, mais l’un des grands intérêts a résidé pour moi dans la culture japonaise forcément omniprésente. Cela m’a littéralement fascinée car c’est une culture que je connais très mal, voire pas du tout ; une culture où modernité et tradition sont sans cesse en contradiction ; d’ailleurs, un peu d’amertume passéiste passe parfois dans le texte, dans les pensées du narrateur.

J’ai lu quelque part une critique assez virulente contre ce livre, la seule d’ailleurs. Ce lecteur semble être profondément agacé par la lenteur de cette histoire, il estimait que lorsqu’on a rien à dire on digresse, on élabore sur des petits riens, des détails. Pour ce critique, ce livre est semblable à certains romans français : on y parle de soi, même et surtout lorsqu’on a rien à dire.

Et pourtant, ce qui fait tout le charme de ce petit roman, c’est le fil des jours qui passent, une certaine mélancolie, un peu d’ennui parfois, c’est une histoire qui possède la grâce d’une méditation zen, une histoire d’une centaine de pages pour laquelle je dis une fois encore : « merci » à l’auteur d’abord et qu’on me l’ait offert ensuite. Les livres sont des cadeaux, mais lorsque ce sont des amis qui vous les offrent, ce sont des cadeaux très précieux.

C’est rare que je me laisse tenter par un livre pour son titre et sa couverture, mais là, pour une fois, j’ai fait une exception, tant pour le titre que pour la couverture qui est une reproduction d’un tableau de l’un des fils de Camille Pissaro, Georges Mandaza-Pissaro. Evidemment, j’adore les chats ce qui me rend sans doute peu objective.


  • Le Chat qui venait du ciel  14 mars 2008, par Sheherazade
    îl semblerait que certains lecteurs ne s’arrêtent qu’au simple fait qu’il s’agisse d’une "histoire de chat" ... quel dommage de ne voir que cet aspect là dans ce petit roman plein de délicatesse. C’est un très bel aperçu de ce que peut être la littérature japonaise, ses contradictions entre passé et modernité. N’y voir qu’une histoire de chat est totalement réducteur.
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