Honni soit qui mal y pense de Henriette Walter

L’incroyable histoire de l’amour entre le français et l’anglais

Honni soit qui mal y pense

Le vendredi 16 janvier 2004 par Dadoo

Henriette Walter est une éminente linguiste qui nous raconte dans son dernier livre les multiples échanges entre les langues française et anglaise tout au long d’une histoire mouvementée des deux côtés de l’Amérique. On y apprend beaucoup et entre autre on se rend compte à quel point de nombreux mots, présentés comme des "anglicismes" ne sont finalement qu’un juste retour des choses...

En effet Henriette Walter nous montre à quel point l’anglais est la plus latine des langues germaniques et comment elle s’est constituée en utilisant de plus en plus de mots d’origine latine et même française :
« 60 % des mots anglais viennent du français ou du latin. En revanche, le français n’a fait qu’entre 3 et 5 % d’emprunts à l’anglais... »

On y apprend aussi que sans Jeanne D’Arc nous serions probablement anglais aujourd’hui (rien de neuf jusque là) mais surtout que le monde entier ou presque parlerait français. Ce n’est en effet qu’après la Guerre de Cent Ans que les nobles anglais abandonnent définitivement le français comme "langue noble" :

« Il faut rappeler qu’en 1066, avec le couronnement comme roi d’Angleterre de Guillaume le Conquérant (duc de Normandie, d’ailleurs, d’où l’influence du vocabulaire normand), le français fait son entrée à la cour de Londres. Il restera la langue privilégiée de la cour et de sa noblesse, qui adopte d’ailleurs la devise française « Honni soit qui mal y pense ». Ce bilinguisme va perdurer pendant trois cents ans, d’autant que, les rois d’Angleterre vont tous épouser, durant cette période, des princesses françaises. »

On peut lire aussi avec intérêt sa description de la conquête de l’Amérique du Nord et les batailles qui s’y déroulent entre les deux langues. Sa carte des Etats-Unis montrant les noms de ville d’origine française (Detroit, Saint-Louis, Vermont) montre à quel point la "Louisiane" était plus grande que l’Etat qui porte son nom aujourd’hui...

Honni soit qui mal y pense est un livre très riche et très intéressant. Certains regrettent cependant le côté Tout va très bien, madame la Marquise... à l’heure où le français a tant de mal à conserver une position intéressante dans le monde.