A Good Hanging de Ian Rankin

Douze enquêtes de l’inspecteur John Rebus

A Good Hanging

Le vendredi 21 mars 2008 par Sheherazade

La réputation de l’inspecteur John Rebus - et de son “père” littéraire - Ian Rankin ne sont désormais plus à faire. Il y a une quizaine d’années environ, l’auteur écossais que James Ellroy a qualifié de « Black Tartan », a écrit cette série de douze nouvelles, courtes enquêtes de cet inspecteur plus proche de la bouteille de malt que du « five o’clock tea ».

Les douze nouvelles sont aussi passionantes que les romans policiers de Rankin ; certaines sont de purs petits moments d’humour comme « Being Frank », la mésaventure d’un SDF, grand amateur des théories de conspiration, persuadé qu’une conversation surprise entre deux personnes se permettant d’occuper SON banc est en fait un complot visant à faire exploser une bombe quelque part. C’est dans son propre immeuble que l’inspecteur découvrira le pot aux roses.

D’autres sont des intrigues fort bien amenées, comme par exemple «  Playback », où un homme commet ce qui aurait pu devenir le crime parfait si John Rebus n’avait pas été vigilant ou comme la nouvelle donnant son titre au recueil « A Good Hanging », où un jeune comédien de théâtre d’avant-garde semble s’être pendu au gibet construit pour la pièce ; « semble » car quelque chose dérange John Rebus dans cette mise en scène ; l’autopsie lui donnera raison, il s’agit bien d’un crime.

« Seeing Things » est un petit morceau d’humoir noir, et en disant « morceau » je choisis mes mots, car dans un lieu où des collégiennes ont cru voir apparaître le Christ en voyant un homme entouré d’une aura lumineuse et se tenant le flanc là où la lance avait percé le cœur, apparaît en réalité un torse d’homme. Le sang sur l’arbre n’était donc certainement pas celui du fils de dieu, tout comme la poudre claire autour des racines n’était pas du sable. Parmi toutes les bondieuseries catholiques qui s’installent pour vendre des ex-votos, et les contestataires calvinistes criant à l’hérésie, John Rebus voudrait bien retrouver les autres parties du corps, mais surtout découvrir l’identité du « torse ». C’est un tatouage qui va l’y aider.

Les titres de certaines nouvelles sont autant de petits clins d’œil au lecteur par leur jeu de mots, comme « Concrete Evidence » où un squelette est découvert dans le ciment d’une cave (concrete = ciment). A John Rebus de prouver qu’il s’agit là du squelette d’un jeune entrepreneur en bâtiment disparu il y a une vingtaine d’années sans laisser de traces. «  Not Provan » (prononcer « proven », c-à-d « prouvé ») John Rebus désespère de prouver la culpabilité d’un délinquant notoire ayant battu pratiquement à mort un brave garçon ayant commis l’erreur de traverser ce que le lâche individu considérait comme SON territoire. L’homme est dans le coma et ne peut donc témoigner contre son agresseur ; pour John Rebus tout est à présent une question de course contre le temps car Provan est sur le point d’être relaxé. Toujours dans le même régistre de titres/jeu de mots « Tit for Tat » (= représailles) est la vengeance d’une concierge contre un homme passionné d’ornithologie, disant observer un certain type de mésange (tit) mais une jeune femme, voisine d’en face, est convaincue qu’il n’est qu’un voyeur. Lorsque l’homme est agressé et brûlé, Rebus doit prouver qui a tenté de mettre le feu à son appartement, mais également si l’homme est ou non un ornithologue.

Dans «  The Dain Curse » - clin d’œil au roman de Dashiell Hammett, « The Dean Curse » que Rebus est en train de lire au moment des faits - un homme a failli être la victime d’un attentat fomenté par l’IRA, du moins le croit on. Un voleur de voiture est mort à sa place, John Rebus et son adjoint Holmes (Brian !), doivent céder leur enquête à l’armée, compte tenu de l’identité de celui qui était visé. Ce n’est pas ce qui va arrêter Rebus dans son enquête.

« The Gentlemen’s Club » est l’histoire poignante d’une jeune fille, brillante étudiante, aimée de ses parents et de tous, qui sans raison aucune fait une tentative de suicide en se taillandant les poignets. Le père arrive trop tard pour sauver son enfant, mais en fouillant la chambre de la gamine, John Rebus est intrigué par un petit mot trouvé dans la corbeille. Cette mort touche fort l’inspecteur, ayant une fille du même âge que la petite morte.

« Sunday » est le seul jour de repos de John Rebus ; il tourne un peu en rond dans son appart, parce qu’il n’est pas exactement un homme ayant envie de faire le ménage, et puis le dimanche est un jour où l’on peut enfin enfreindre certaines règles de vie. Dans cette nouvelle, la seule chose que l’on tue est le temps, comme on peut le faire parfois le dimanche lorsqu’on s’ennuie. Cette nouvelle est fort mélancolique et accentue le caractère solitaire et un peu misanthrope de l’inspecteur.

Quant à la fête de Hogmanay, qui est le mot écossais pour désigner la St-Sylvestre, je partage l’opinion de l’inspecteur Rebus, comme quoi on est quand même mieux chez soi qu’au beau milieu de cette foulée fortement imbibée. Le problème est qu’on a signalé à la police tant d’Edimbourg que de Glasgow, qu’un important chargement de drogue changerait de main cette nuit-là. Et comme Glasgow et Edimbourg sont systématiquement en compétition pour tout, Rebus a été prié par son supérieur direct de faire le nécessaire pour que les lauriers reviennent à Edimbourg. « Aulde Lang Syne » est le titre de cette nouvelle où John Rebus retrouve une vieille connaissance (c’est aussi le chant que l’on entame dans les îles britanniques aux douze coups de minuit.)

La dernière nouvelle - Monstrous Trompet - est un amusant clin d’œil à la Panthère Rose et son inspecteur Clouseau. Ici encore tout se joue sur les mots. John Rebus est chargé par son supérieur, l’inspecteur en chef Lauderdale qui aimerait bien que pour une fois, une seule petite fois, Rebus termine sa phrase par « sir » en s’adressant à lui, pour marquer la hiérarchie. C’est beaucoup demander à un homme qui n’en a rien à faire de la hiérarchie ! D’autant plus que ce que son supérieur lui demande va forcément provoquer des quolibets dont lui, Rebus, fera les frais = il doit accompagner un gradé de la gendarmerie française, un certain Cluzeau (« u » se prononce « ou » en anglais) pendant deux jours afin de lui montrer Edimbourg. Comme si John Rebus n’avait pas encore assez de boulot comme ça, qu’il doive encore jouer les guides touristiques. En baladant le gendarme dans l’Edimbourg des touristes, ils vont découvrir un mystère dans une galerie d’art. L’inspecteur Rebus est accompagné de son collège (et presque ami) l’inspecteur Brian Holmes, qu’il met généralement à toutes les corvées.

Point d’ « Edimbourg des touristes » dans la vie de l’inspecteur John Rebus ; sa ville à lui est sombre, mystérieuse, souvent crapuleuse et morbide ; son territoire est plus souvent dans les quartiers pauvres, mais il a parfois aussi le « privilège » d’enquêter dans des milieux aisés, où son manque de tact lui vaut de sévères réprimandes de la part de sa hiérarchie. Ce n’est pas ce qui l’ennuie le plus, très franchement, pour lui un coupable est un coupable et son job à lui, Rebus, est de mettre les coupables en prison, un point c’est tout.

John Rebus est un personnage tour à tour émouvant, agaçant, possédant un humour cynique et ravageur qui fait grincer des dents, ses relations avec les autres personnes du genre humain ne s’en trouvent guère améliorées. Notamment celle avec le beau sexe. Mais n’est ce pas ce qui fait tout son charme ?

Pour ceux qui n’auraient pas encore le plaisir de connaître les enquêtes de l’inspecteur écossais John Rebus créé par Ian Rankin, ce recueil de douze nouvelles est une formidable occasion de le découvrir. Je le recommande vivement.